Après mon baptême de feu dans ma nouvelle école, j’ai vécu d’autres mésaventures à l’école. Heureusement que j’ai changé de classe. Je m’appelle Hugo Asani, j’ai 17 ans, je suis enfant reporter non voyant de Kinshasa.

Lors d’un rassemblement à l’école, il pleuvine. Au bout d’un moment, la pluie est tellement forte que je n’entends plus les voix et les mouvements autour de moi. Le bruit de la pluie est de plus en plus fort. Lorsque le préfet me touche, c’est là que je comprends que je ne suis pas seul.
Il me dit que les élèves sont retournés dans les classes depuis longtemps. On a dû m’oublier. Je raconte au préfet mon abandon sur la route un jour. Il décide de me changer de classe. Ma nouvelle classe ? La septième A. Je me fais rapidement des amis. Je suis plus à l’aise que ma classe d’avant. En fait, lorsque j’arrive en classe, le préfet demande aux autres élèves de m’aider. J’ai donc le soutien de plusieurs personnes. Je ne sais pas si c’est à cause de sa demande que j’ai le soutien d’autres élèves.

Sauvé d’un incendie

Dans ma nouvelle classe, tout se passe bien. Elèves et professeurs comprennent ma situation. Tout n’est pas parfait, mais je m’adapte. Un matin, je sens des élèves agités en classe. Je ne peux pas voir ce qui se passe. Les cris des élèves sont plus forts. Puis tout le monde court. Je comprends qu’il y a un incendie. J’essaie de m’appuyer sur les objets autour de moi pour sortir aussi. Grâce à un courant d’air, je sais que je suis près de la porte. Quelqu’un me fait tomber. Je n’arrive pas à me relever. J’ai très mal. Personne ne me regarde, tout le monde panique. Je sens que quelqu’un me tient et m’aide à me relever. C’est une fille. Je le sens par le timbre de sa voix. Nous sortons ensemble de la classe. Elle m’aide à essuyer mon pantalon et elle me lave les mains. Elle désinfecte même une plaie que j’ai. En fait, elle prend soin de moi. Elle est tellement douce. Cela m’apaise. Je suis calme et rassuré. Je vais appeler cette fille Joyce*. Ce n’est pas son vrai nom.
Alors, depuis l’incendie, Joyce et moi sommes tout le temps ensemble. Pour moi, c’est la plus belle de mes amitiés. On est très proche. Je crois que je m’attache un peu trop et on s’aime bien. Pour la taquiner, je l’appelle même « ma future épouse ». Elle sourit à chaque fois. En fait, je m’imagine marié à elle, etc.
Sa présence me rend heureux. Je ne sais pas trop comment me l’expliquer. Et pendant la période de confinement, l’école ferme. On se sépare avec mon amie. On se fait un gros câlin et on se donne rendez-vous à la rentrée prochaine. Je ne sais pas encore que c’est la dernière fois que je vois mon amie. J’ai juste hâte de la revoir.

Mariée avant 18 ans

22 février, on revient à l’école. J’apprends que je ne verrai plus ma Joyce. Elle est allée vivre en province. Je ne l’accepte pas. Quelques jours après, j’apprends que Joyce est mariée. Avec quelqu’un de sa province. Je me bats pour essayer de lui parler. Lorsque j’y arrive, c’est sur Facebook. Mais mon amie change presque tout le temps de compte. Chaque semaine, elle en a un nouveau. Lorsque je lui demande si elle est mariée, elle ne répond jamais. « Tu es heureuse ? », je lui demande. Elle ne me répond pas. La semaine d’après, elle change de compte Facebook.
Pour être sûr, je tente de lui parler comme avant. Je l’appelle ma future épouse. « Désolée, je suis déjà prise », elle me répond. Mon cœur se brise. J’ai envie de pleurer. C’est la dernière fois que je parle à mon amie Joyce. En fait, elle ne se connecte plus jamais avec ce compte. Et elle ne m’écrit pas avec un nouveau compte, comme d’habitude. Je comprends le message : C’est la fin de notre amitié, de notre complicité et de tout. J’espère qu’on se reverra, un jour. Même si j’ai un peu peur de son accueil. Elle pourra au moins m’expliquer ce qui lui est arrivé.
Encadreuse : Abigael Mwabe