Je m’appelle Jordan Benekire, je suis un enfant reporter de la ville de Goma.
Pendant longtemps, je pensais que ce que je vivais était normal. Quand on grandit dans un endroit, on s’habitue aux choses telles qu’elles sont. On ne se pose pas beaucoup de questions, parce que c’est tout ce qu’on a connu depuis qu’on est petit.
Moi aussi, j’étais comme ça. Je ne demandais pas beaucoup de choses. Je pensais que rester calme, ne pas parler et accepter était une manière d’être poli et respectueux, donc d’être un bon enfant pour ma communauté.
Le jour où j’ai appris que j’avais des droits
En devenant enfant reporter, j’ai commencé à apprendre beaucoup de choses sur les droits des enfants. Et c’est là que j’ai compris quelque chose d’étrange : j’avais toujours eu des droits, mais je ne le savais pas. J’ai lu la Convention relative aux droits de l’enfant et j’ai découvert que j’ai droit à la survie, au développement, à la protection et à la participation. Comment peut-on défendre un droit quand on ne sait même pas qu’il existe ?
Cette découverte m’a fait beaucoup réfléchir. Elle m’a aussi aidé à comprendre la responsabilité que les parents et les adultes ont envers les enfants. Parfois, certaines situations que nous vivons en tant qu’enfants ne sont pas normales, mais nous les acceptons parce que nous avons grandi avec beaucoup de restrictions et d’interdictions.
Des enfants qui souffrent en silence
Aujourd’hui, ce qui me rend triste, c’est de voir que beaucoup d’enfants vivent des situations de violence et d’exploitation sans oser en parler. Certains enfants pensent que c’est normal. D’autres ont simplement peur des conséquences.
Tout cela arrive parce que personne ne leur a appris à connaître leurs droits, ni comment reconnaître quand leurs droits sont violés.
Soyons honnêtes : il est difficile de vivre pleinement son enfance dans un système qui ne valorise pas assez les enfants.
La peur de parler et de dénoncer
Dans certains pays, lorsqu’un enfant qui est exploité ou maltraité décide d’aller se plaindre auprès de l’État, ce sont les adultes qui commencent à avoir peur des services sociaux.
Mais en RDC, et précisément dans la ville de Goma, c’est souvent l’enfant qui a peur de dénoncer un adulte. Parce qu’après avoir parlé, lorsque les autorités seront parties, il peut rester seul et ses harceleurs peuvent se venger.
Voilà pourquoi beaucoup d’enfants préfèrent se taire.
Certains sont même punis simplement pour avoir réclamé leurs droits.
Des lois qui existent, mais peu appliquées
Pourtant, il existe de nombreux textes et lois qui protègent les enfants. Mais dans la réalité, l’application de ces lois reste encore très faible. Cela fait que beaucoup d’enfants continuent à souffrir sans protection réelle.
Ma nouvelle force en tant qu’enfant reporter
Moi, en tant qu’enfant reporter, je pense que les enfants devraient pouvoir parler sans peur. Ils devraient pouvoir dire ce qu’ils vivent et ce qu’ils ressentent. Parce qu’un enfant qui parle ne devrait pas être puni. Un enfant qui demande ses droits ne devrait pas être vu comme un problème.
Pendant longtemps, moi-même, j’ai essayé d’être l’enfant calme et compréhensif, même quand je voyais que mes droits n’étaient pas respectés.
Mais depuis que je suis formé comme enfant reporter et que j’ai compris mes droits, je me sens comme doté d’un pouvoir, le pouvoir d’aider à faire changer les choses dans ma communauté et de sensibiliser d’autres enfants à connaître aussi leurs droits.
« Connaître ses droits, c’est déjà commencer à se protéger et à protéger les autres enfants. »
Jordan est un enfant reporter Goma, province du Nord-Kivu.
