Je suis Cosna Muhigwa, jeune encadreur des enfants reporters de Bukavu. J’étais chez moi lorsque j’apprends ce qui vient de se passer à Kasheke Cimpunda, un quartier de la ville de Bukavu à l’Est de la République Démocratique du Congo. Le choc est direct. Mon rythme cardiaque s’accélère.
Un incendie ravage plusieurs maisons du quartier et atteint une école primaire, au moment même où les élèves quittent leurs salles de classe. Plusieurs enfants font partie des victimes. Les rescapés sont conduits dans des structures sanitaires pour recevoir des soins.
En apprenant que le feu a touché l’école en pleine heure de cours, je me mets tout de suite à la place des enfants qui s’y trouvent. Je pense à ceux qui, quelques instants plus tôt, jouaient peut-être encore dans la cour. Je pense aussi à leurs familles — à tout ce qu’il y a, derrière chaque enfant victime, de parents, de frères, de sœurs ou de proches.
En tant qu’encadreur des enfants reporters, j’échange avec Marie-Reine Cibanvunya, une enfant reporter que j’accompagne. Elle aussi est profondément bouleversée.
« À cause d’une flamme, plusieurs enfants se sont éteints », me dit-elle, la voix pleine d’émotion.
« Ces enfants étaient vivants le matin. À 10 heures, ils jouaient encore dans la cour de récréation. Quelques heures plus tard, certains ne sont plus là », me raconte Marie-Reine au téléphone. J’ai peur. Je ne veux pas y penser, mais c’est déjà fait. Ils ne sont plus.
Ce qui rend cette tragédie plus douloureuse encore pour elle, c’est qu’elle survient à peine quelques jours après la rentrée scolaire.
Quelques jours plus tôt, des parents se mobilisent pour acheter des cahiers, des uniformes, des fournitures. Ils imaginent déjà leurs enfants retourner en classe, retrouver leurs amis, continuer d’apprendre. Aujourd’hui, certaines de ces familles doivent faire face à une perte inimaginable.
« Je me mets à la place de ces parents qui se sont donnés pour préparer la rentrée scolaire de leurs enfants et qui, aujourd’hui, doivent faire face à une telle perte. Aucun de ces enfants ne méritait cela », déplore Marie-Reine.
Son inquiétude ne s’arrête pas à cette seule tragédie. Elle pense aussi aux nombreux incendies qui frappent régulièrement Bukavu, et qui détruisent des maisons, des biens, parfois des vies. Une question revient alors, qu’elle ne parvient pas à chasser : combien de familles devront encore perdre leurs maisons, leurs biens ou leurs proches avant que ces incendies cessent d’endeuiller la ville ?
Pour elle, personne ne doit rester indifférent.
« À toute la population de Bukavu, venons en aide à ces familles qui ont perdu leurs enfants et leurs maisons. Partageons leur douleur et soutenons-les dans cette terrible épreuve », lance-t-elle.
Son message tient en une idée simple : dans les moments difficiles, la solidarité peut éviter que les familles se sentent seules.
Pendant que certaines familles pleurent leurs proches et que les rescapés reçoivent des soins, une question demeure, sans réponse pour l’instant : comment éviter que de telles tragédies se reproduisent ?
Dans sa douleur, Marie-Reine dit aussi une prière pour les enfants disparus et pour leurs familles — que Dieu les accueille et apporte du réconfort à ceux qui restent. Pour elle, cette prière n’efface rien, mais elle rappelle que ces incendies qui se répètent à Bukavu nous concernent tous.
Au moment où je termine cet article, la situation continue d’évoluer. Un jour seulement après l’incendie de Kasheke Cimpunda, d’autres maisons brûlent dans un autre quartier de Bukavu. L’histoire semble ne pas avoir de fin.
Et nous restons avec cette inquiétude : que se passera-t-il demain, si rien ne change ?
Parce que derrière chaque maison détruite, il y a une famille. Et derrière chaque enfant, il y a un avenir.
