Scolarisation : ne laissons pas les écarts se creuser entre filles et garçons

Le monde est depuis quelques mois frappé par la pandémie de coronavirus et cela a eu beaucoup de conséquence sur bon nombre de secteurs d’activité, y compris la scolarisation des enfants. Les établissements scolaires avaient été fermés sur toute l’étendue du territoire national, nous obligeant à rester cloîtrés à domicile, privés de notre occupation favorite. Au milieu des incertitudes sur la suite de notre programme scolaire, nous avions grandement été soulagé d’apprendre que le Ministère de l’Education, en collaboration avec UNICEF, lançait un programme de rattrapage par la diffusion des cours à la télévision et la radio. Vous ne saurez deviner la joie qui nous animait à l’annonce de cette nouvelle.

Des jeunes filles privées d’opportunités

Malheureusement, certains élèves n’ont pas su profiter de cette opportunité. C’est le cas de Bonzele, une jeune fille âgée de 16 ans et habitant le Kongo-Central. Pendant le confinement, Bonzele a vécu un calvaire dans son propre domicile familial et n’avait pas suffisamment de temps pour suivre les cours à distance.

Selon sa mère, le confinement était le moment idéal pour Bonzele de s’exercer aux travaux ménagers.

Pendant ce temps, ses frères avaient le droit de vaquer librement à leurs occupations et pouvaient pleinement profiter des cours dispensés sur les médias. Le prétexte avancé pour justifier cette injustice est que selon la culture Kongo, les filles doivent plus s’initier aux travaux ménagers. À chaque fois que Bonzele tentait de s’intéresser à ses études ou de suivre les cours diffusés sur les médias, sa mère s’acharnait sur elle, jusqu’au point de prononcer des paroles blessantes à son égard. Cet environnement ne lui laissait pas le temps de s’atteler à la révision de ses matières accumulées avant le confinement et au rattrapage des leçons qui n’ont pas pu être dispensées.

Le poids des traditions

Lors de la rentrée scolaire, nous serons tous sur les mêmes bancs, filles et garçons, mais sûrement pas avec les mêmes chances de réussite. L’environnement familial et ses pesanteurs culturelles sont quelques fois des facteurs handicapant pour les jeunes filles.

Selon un rapport publié par l’UNICEF en 2016, les filles consacrent 40% de temps en plus à des tâches ménagères par rapport aux garçons de leur âge. Trop souvent, les filles se voient imposer des responsabilités d’adultes, comme s’occuper d’autres enfants. Le temps que les filles consacrent aux tâches domestiques réduit celui qu’elles peuvent passer à jouer, à étudier ou simplement à être des enfants. Dans certaines zones de la RDC, elles s’exposent même aux risques de violence sexuelle, en allant chercher de l’eau.

Investir dans l’éducation des filles

L’histoire de notre amie Bonzele illustre une situation plus générale que vivent les jeunes filles au Kongo-Central et à travers le reste du pays. Tout le décor est planté pour que les écarts se creusent encore un peu plus entre le taux de scolarisation des filles et celui des garçons au niveau secondaire.

Une chose est vraie, nous n’avons ni choisi d’être fille, ni choisi de naître en RDC, mais nous ne sommes pas prêtes à subir notre futur. Nous préférons faire de notre futur un choix et ce choix n’est autre que celui que prévoit toutes les lois nationales et internationales sur le bien-être de la jeune fille.

Nous demandons à son Excellence Madame la Ministre du Genre, Famille et Enfant de lancer une campagne de sensibilisation des parents à la prévention des violences basées sur le genre en milieu familial, avec un regard particulier sur les droits des filles, pour plus d’équité. Nous demandons à son Excellence Monsieur le Ministre de l’Education de mettre en place, dès le premier trimestre de cette nouvelle année scolaire, un dispositif dans chaque école, pour le rattrapage du retard accumulé par les jeunes filles et des formations et des sensibilisations pour la distribution paritaire du travail domestique entre filles et garçons.

La concrétisation de ces recommandations fera de la RDC un pays où le fait de naître fille ne sera plus un handicap brisant les rêves des millions d’individus.

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Keliane

Keliane est Enfant Reporter de la ville de Matadi au Kongo-Central.

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One comment

  • Merci beaucoup a l’EPSP pour cette rentree scolaire effective tant attendu par les eleves.Demandons au gouvernement dd multiplier des efforts sur la sensibilisation et vulgarisation sur la violence faite aux femmes dans des ecoles.

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