crossorigin="anonymous" integrity="sha256-00ZHVtB05zhS034zxRE/UJFzFiDsBCmRenTx1qgNAtU="
Aristote Mampuya est jeune reporter à Kinshasa et Président comité d’enfant.

Sugar Daddy veut dire littéralement « Papa sucré ». C’est le nom attribué à une pratique en vogue à Kinshasa. Les jeunes filles de 15 à 22 ans sont en relation avec des hommes plus âgés qu’elles. C’est une tendance, une pratique qui divise la société. Pour moi, c’est choquant et puis il va à l’encontre de la loi surtout lorsqu’il s’agit des mineurs. 

 

 Ces hommes ont surtout beaucoup d’argent, disent les uns. Je suis allé à la rencontre de quelques jeunes dans la commune de Lemba, une des communes branchées de Kinshasa. Je voudrais mieux comprendre cette pratique et les motivations de certaines filles. Les prénoms des jeunes filles ont été modifiés pour préserver leur identité. 

 

 Un Sugar Daddy pour subvenir aux besoins du quotidien 

 

J’ai rencontré une jeune fille. elle est élève en 6ème année biologie-chimie. Qui sont ces filles impliquées dans le phénomène Sugar Daddy? 

« Ces sont des filles qui sortent avec des papas qui peuvent être leur parent pour de l’argent. Parce que je ne crois pas que c’est par amour qu’elles font ça !», m’a dit Roseline*. Pour elle, l’amour ne peut pas être la motivation de ces filles. C’est plus pour de l’argent et les biens matériels.  

Anne*, également élève, a raconté l’histoire de l’une de ses amies qui n’a pas encore 18 ans et qui est dans une relation amoureuse avec un homme âgé de 40 ans.

« Son père est décédé et sa mère s’est remarié. Son beau-père ne subvient pas à ses besoins, ne lui paie pas les frais scolaires, encore moins le transport. Elle n’a donc pas d’autre choix que de chercher par elle même», raconte Anne. Elle estime que ce sont ces raisons qui ont poussé sa collègue à sortir avec ce monsieur.  

« Que voulez-vous ? Qu’elle ne puisse pas étudier ? », interroge Anne. 

jeune fille dans les rues de Kinshasa

Une jeune fille dans les rues de Kinshasa, 2021 (@ponabana)

 

Sugar Daddy détruit la jeunesse à Kinshasa 

 

Nathan*, étudiant en science politique à l’Université Pédagogique National, pense que le phénomène « Sugar Daddy  » est une pratique à ne pas encourager parce qu’il détruit la jeunesse.  

« il n’est pas normal que des papas entretiennent des relations douteuses avec des filles qui ont l’âge de leurs enfants. Ces sont des antivaleurs à ne pas tolérer dans une société », estime Nathan. 

Francine*, une jeune mère que j’ai rencontrée pense que  » si elles veulent s’amuser qu’elles trouvent des hommes de leurs générations. « Pour un petit 200 $ ou un smartphone, ces papas peuvent te voler ton étoile », spécule cette femme qui croit un peu aux forces mystiques. Francine pense visiblement aux implications spirituelles ou fétichistes dans cette pratique.

Chaque personne interviewée à son avis sur le phénomène Sugar Daddy

Une jeune fille dans les rues de Kinshasa, 2021 @ponabana

Une jeune fille dans les rues de Kinshasa, 2021 @ponabana

En tant qu’enfant reporter, initié aux droits de l’enfant, au-delà de la question morale, je me demande si la pratique est légale ? Est-ce que des adultes ou des adolescents ont le droit d’avoir des relations sexuelles avec des enfants.  

 

L’article 169 de la loi portant protection de l’enfant stipule que : « les actes pédophiles s’entendent de toute attirance sexuelle d’un adulte ou d’un adolescent envers un enfant, notamment, la relation sexuelle, l’érotisme, la pornographie, l’abus sexuel et le viol ». Ainsi un monsieur de 40 ans qui a des rapports sexuels avec une fille de 17 ans est un pédophile au regard de la loin congolaise. Parce qu’un enfant est entendu comme toute personne âgée de moins de 18 ans.  

 

Les raisons pour lesquels ces jeunes filles livrent leurs corps à ces messieurs sont certes tristes. Quand on pense que certaines d’entre elles le font à contre cœur dans le but de trouver de l’argent pour leur scolarité ou simplement pour pouvoir manger, ça fait mal au cœur. La pauvreté et le manque d’éducation des jeunes filles favorisent ce genre de pratique. Et l’impunité des auteurs de pédophilie ne va pas dans le sens d’y mettre fin.