Abigaël, 22ans, est une ancienne Enfant Reporter de la ville de Kinshasa. Elle est aujourd'hui étudiante en droit et continue de s'impliquer pour les droits des enfants en encadrant à son tour les Enfants Reporters.

Je suis dans une école dans la commune de Lemba pour une séance de restitution avec les enfants reporters formés en avril dernier. Les enfants formés étaient réceptifs et lors de la restitution, ils ont assuré.

 

Dans les écoles sélectionnées à Kinshasa, beaucoup d’enfants voulaient participer à la formation des « enfants reporters ». Malheureusement, les places et les ressources sont limitées. Du coup, certaines classes ne sont pas retenues. Ou encore, ce sont les élèves qui voulaient participer à la formation qui ne sont pas retenus faute de place.

Et cela crée des frustrations et fait des mécontents. Les élèves non-sélectionnés se sont contentés de faire des vas et viens, feignant de chercher quelque chose près de la salle où se passe la restitution.

S’il y en a qui arrivent à duper leurs professeurs, pour d’autres, c’est plus dur.
Ils ne peuvent que se contenter des explications de ceux qui sortent de la salle de la restitution. Cela a le mérite de les énerver.

 

La fin de la session de restitution coïncide avec la fin des cours dans cette école où je me trouve à Lemba. Des élèves curieux entrent dans la salle où je me trouve pour essayer d’en savoir plus. Ils se plaignent du fait qu’ils ne peuvent pas assister à la session.

Professeur méchant ?

Certains me disent qu’ils ont voulu être sélectionnés pour l’activité. Pour eux, le fait qu’ils n’aient pas pu y participer est une injustice.
Parmi ceux qui parlent, il y a Alicia, 12 ans. La fille est brune, un peu svelte et a la voix fluette.
Quand elle entre, c’est sa première phrase qui attire mon attention.
« Notre professeur est méchant, vraiment ! », lance-t-elle en allant rejoindre les autres. Vraiment ?
Je l’arrête sur sa lancée. En fait, j’aimerais en savoir plus sur ce professeur qu’elle traite de méchant.

 

Quand je lui demande ce que ça veut dire, elle me répond que le « monsieur est compliqué ». Cela ne m’avance pas beaucoup.
« Mais compliqué comment ? », je demande.
Elle m’explique que parfois, son professeur prend des décisions incompréhensibles et rallonge souvent ce qui pourrait être court.

 

À titre d’exemple, elle cite la scène qu’elle vient de vivre.
Elle me raconte que pour remplir la salle où devait se tenir la restitution, le directeur est passé dans quelques salles de classe où les enseignants ont sélectionné des élèves.
En 6 ème primaire, la salle où elle se trouvait, Alicia espérait secrètement être prise.
Malheureusement, malgré toute son envie d’être choisie pour l’activité, elle n’est pas retenue.
« Au lieu de nous envoyer nous, les enfants intelligents, il a choisi des enfants qui ne sont pas intelligents. En plus, on avait demandé », se plaint Alicia.

Alicia apaisée

Je souris avant de lui expliquer que je comprends sa frustration. Mais est-ce une raison suffisante pour traiter son professeur de méchant ? Je ne pense pas.
Je lui explique calmement que « le professeur a fait son choix. Les élèves choisis n’ont rien à avoir avec son choix. Et puis, ce n’est pas grave parce que tu peux toujours apprendre des autres ».

Elle sourit. Je remarque qu’elle a des fossettes. Elles lui vont bien. Quand je le lui dis, elle sourit davantage. Ses joues se creusent encore plus. Sa colère a baissé d’intensité. Et elle a plus à offrir que la rage contre son professeur. Est-ce que le professeur pouvait satisfaire tout le monde ? Non. Les places étant limitées, il y aura toujours quelques frustrés comme Alicia.
J’avoue qu’elle est plus belle en souriant. Pour la formation, ce sera pour une prochaine fois.