Augustin, 17 ans, est Enfant Reporter de Lubumbashi. Durant l’état d’urgence lié au coronavirus, il s’est intéresse à la situation des nombreux enfants travaillant dans les exploitations de moellons et de graviers.

Photo: UNICEF RDC Dicko

Pour mon premier article en tant qu’Enfant Reporter, je tiens à parler d’un phénomène devenu alarmant : les enfants des rues. A Lubumbashi, ville située dans la Province du Haut-Katanga en République Démocratique du Congo (RDC), les rues sont de plus en plus envahies par des enfants abandonnés ou séparés de leurs familles. Lorsqu’on se promène à Lubumbashi, ne peut pas parcourir dix mètres sans croiser ces enfants dits des rues. Cette situation inquiète beaucoup de monde car ces enfants seraient dangereux et agressifs. Afin de mieux comprendre leur situation, j’ai décidé d’aller à leur rencontre et de parler avec eux.

« Je suis obligée de vivre comme cela »

Près du Grand Marché de la ville, j’aperçois un groupe composé d’une dizaine d’enfants et parmi eux, une jeune fille attire mon attention. Sophia, qu’on surnomme Bébé Rico est âgée de 15 ans. Dès le début de notre conversation, j’apprends que Sophia n’a pas mangé depuis deux jours parce que le restaurant où elle trouve des restes de nourriture n’a pas ouvert. Je n’avais que 500 Francs congolais sur moi mais cette petite somme a suffi à calmer la faim de Sophia.

Rapidement, la jeune fille commence à me raconter son histoire et comment elle est arrivée dans la rue. « Avant, j’étais la plus heureuse », se rappelle Sophia. « Mais à mes dix ans, j’ai perdu mon père dans un accident de circulation et ma marâtre a pris tous les biens et m’a dit d’aller faire ma vie ailleurs », poursuit la jeune fille. Depuis ce jour, Sophia a quitté la maison familiale. « Selon les on-dit, les gens de ne souffrent pas à Lubumbashi alors j’ai grimpé dans un train pour venir ici », explique la jeune fille.« Dans la rue, tout ne pas facile », avoue Sophia. « Il faut mendier ou voler pour trouver quelque chose à mettre sous la dent ».

Le plus difficile pour Sophia, c’est la nuit. « Je dors dehors, sans couverture pour me protéger contre le froid », explique la jeune fille. Chaque soir, Sophia consomme de l’alcool et de la drogue pour trouver un peu de courage et supporter sa souffrance. « Parfois, des hommes me récupèrent après avoir été en boîte de nuit et me ramènent après avoir abusé de moi ». Sophia n’a personne pour la défendre dans la rue. « Je suis obligée de vivre comme cela car si je ne le fais pas, je vais mourir de faim », conclut la jeune fille.

Comment un enfant peut-il supporter le poids de cette souffrance ?

La situation de Sophia est loin d’être isolée. Rien qu’à Lubumbashi, plus de 1.500 enfants vivent dans les rues de la ville (Enquête du Groupe Thématique Protection de l’Enfant/Haut-Katanga). Il est nécessaire de mener des actions concrètes en faveur des enfants en rupture familiale. Lorsque possible, il faut que ces enfants retournent dans leurs familles respectives. Dans le cas contraire, il est nécessaire de construire des centres permettant leur prise en charge comme stipulé dans l’article 20 de la Convention internationale des droits de l’Enfant.

Chaque enfant a le droit d’être protégé, nourri et éduqué pour que ses rêves deviennent réalité. Sans assistance, les rêves de ces enfants ne seront jamais réalisés. Sophia veut devenir Présidente de la République mais comment peut-elle y arriver en vivant dans la rue et ne fréquentant pas l’école ?

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