À Matadi, dans la province du Kongo-Central, le coronavirus a ôté la vie à plusieurs personnes et en a contaminé plus 1.655 personnes, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). La sensibilisation s’accentue. Malheureusement, tout ce qui est fait ne prend pas en compte les enfants sourds-muets. Paul Masandi, encadreur des enfants sourd-muets, sensibilise ces enfants sur les gestes barrières pour limiter la propagation de la pandémie de la Covid-19.

Au complexe scolaire espérance de Matadi, treize jeunes filles et garçons, distancés, masques correctement ajustés, sont assis dans une salle de classe. Ils sont malentendants. Ils sont sensibilisés par Paul Masandi, un encadreur des sourds-muets, reconnu dans la ville. La leçon qu’il explique en langue des signes est aussi écrite au tableau: sensibilisation des sourds-muets sur la COVID-19.

Masandi explique ce qu’est le coronavirus, comment il se propage et comment l’éviter. « Nous refusons que cette maladie se répande dans votre milieu. Respectez les gestes barrières et surtout restez chez vous car vous aimez trop vous promener », leur dit-il.
Dieudonné Matondo, un participant, se lève et lance: « moi, je ne sors pas, je reste à la maison. Mes frères et sœurs sourds-muets viennent me rendre visite chaque jour. En tout cas, ne venez plus. Je ne veux pas être contaminé et contaminer les autres ».
D’autres malentendants qui viennent d’être sensibilisés posent des questions. Ils n’étaient pas informés. «Si un sourd-muet est atteint de la COVID-19, qui traduira ses préoccupations aux médecins? », demande Benie Sudikila, un autre participant. Paul Masandi n’a pas pu y répondre.

À Matadi, « près de 170 enfants malentendants vont à l’école», selon les statistiques de la Caritas Kongo-Central . Et beaucoup de personnes ne connaissent pas la langue des signes. Vasco Futi, jeune sourd-muet doué en informatique, a participé en 2020 à un forum international en ligne sur la sensibilisation des leaders sourds d’Afrique sur la Covid-19. Il ne comprend pas pourquoi rien ne se fait en faveur de ces personnes vivant avec handicap dans sa province. « Comment la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC), chaîne provinciale, ne traduit pas en langue des signes les informations et ne permet pas aux sourds d’être sensibilisés », s’interroge-t-il avec regret. « Nous sommes exposés », regrette Vasco Futi.
C’est justement pour éviter que les sourds-muets soient plus exposés à la maladie faute d’informations que Paul Masandi voudrait aussi sensibiliser la RTNC pour prendre en compte les personnes vivants avec handicaps dans ses différentes émissions. « Je le fais par amour pour ces enfants privés de l’information », soutient-il.