Jemima, 16 ans, est une Enfant Reporter de la ville de Lubumbashi en province du Haut-Katanga. Etudiante en sixième année commercial et gestion, son rêve et de devenir expert-comptable et après faire le droit pour devenir avocate. Inquiète pas l'épidémie de coronavirus, elle lance un appel pour que tous les enfants - y compris les plus vulnérables - soient protégés et en sécurité.

Alors que nous célébrons la fin du mois de la femme, je me demande comment est peinte la femme aujourd’hui ? Quelle image la société a-t-elle de cette créature si parfaite et imparfaite qu’est la femme ?
Dans plusieurs recoins de la RDC, la femme est sujet de moqueries et est considérée comme « une chose ». De nombreuses personnes sont convaincues que la femme n’est bonne qu’à faire la cuisine, s’occuper du ménage, donner naissance tout en oubliant qu’elle peut faire de grandes choses. La femme est ainsi très souvent réduite à un être inférieur, forcée à se marier précocement et victime de violences basées sur le genre. Ces violences – qui peuvent être physiques, psychologiques, sexuelles – contre les femmes augmentent de jour en jour dans la communauté congolaise en générale et lushoise en particulier.
Il est vrai qu’à l’époque les femmes pour la plupart s’occupaient de leurs ménages et les hommes des travaux champêtres. L’arrivée de la science, de la technique et de la technologie ont attiré de nombreuses personnes, fait évoluer de plusieurs individus et de multiples sociétés mais la condition de la femme s’est de plus en plus détériorée car elle n’a pas pu évoluer avec le temps, certains hommes et des fois même certaines femmes lui ont fait comprendre qu’elle ne pouvait évoluer et qu’elle était faite pour le ménage. Le simple fait de s’opposer à cette idéologie pouvait faire d’elle une victime de plusieurs violences dont les violences conjugales.

La violence aux conséquences généralisées

Nous n’avons souvent pas conscience de l’impact négatif du non-respect des droits de la femme sur elle-même et sur sa communauté. Dès le moment où elle subit des violences, la femme aura du mal à réintégrer pleinement sa communauté et aura des difficultés à s’intégrer dans la société. Suite aux violences, elle ne plus s’épanouir et encore moins se développer.
Comme tout autre être humain, une femme maltraitée pourrait souffrir de troubles psychologiques et ceci ne lui permettra pas de répondre à ses diverses obligations et tâches. A titre exemplatif, une femme cheffe d’entreprise qui est battue ne pourra pas fournir un bon travail au sein de l’entreprise, elle ne pourra être productive car son mental est affecté – elle passera peut-être toute sa journée au bureau à remuer la scène de violence dans son esprit- les douleurs physiques ne lui permettront pas d’effectuer son travail comme il se doit. Ceci est pareil pour la femme au foyer qui est battue, elle ne sera pas du tout à mesure de s’occuper correctement de ses enfants ou encore de sa maison. Ainsi, la violence aura des répercussions sur sa relation avec son entourage.
N’est-il pas vrai que la femme est mère de la nation ? Si cette mère est violentée, maltraitée ou violée, à quel type de nation et de peuple donnera-t-elle naissance ?

La femme est le socle de la nation

Un dicton populaire dit que « éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation ». Il existe une connexion entre la femme et la population entière puisque c’est elle qui donne la vie et éduque les nouvelles générations. Protéger la femme, c’est protéger toute la nation.
Pour se développer, nos communautés ne peuvent pas oublier le sort de la femme. Dans la course au développement, la femme joue un grand rôle sur les plans éducatif, professionnel, social, environnemental, etc. Pour assurer ce rôle, elle doit être protégée de la violence.

Comment protéger la femme ?

Pour répondre à cette question, j’ai eu la chance de pouvoir interagir avec diverses personnes et notamment, Maitre Bea, avocat à Lubumbashi. Alors que le travail de Maitre Bea est de défendre les citoyens et les citoyennes et que la problématique de la violence faite aux femmes est omniprésente dans le pays, l’avocat n’a jamais été confronté à ce genre de cas.


Comment ceci est possible ? Est-ce que toutes les victimes restent dans le silence ? Est-ce qu’il existe des mécanismes de lutte contre les violences faites aux femmes ? Est-ce que la violence contre les femmes est tellement ancrée dans nos communautés que les femmes se sont résignées à vivre en tant que victimes ?
L’article 14 de la Constitution stipule que « les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits. (…) Ils prennent des mesures pour lutter contre toute forme de violence faites à la femme dans la vie publique et dans la vie privée ». L’Etat a l’obligation de veiller au respect des textes de lois mais aussi de s’assurer de leur application effective.
Un numéro vert 122 existe pour dénoncer ces actes illégaux mais comment peut-on s’assurer que ce système formel (ainsi que les systèmes informels mis en place au niveau des relais communautaires et/ou ONGs) soit utilisé et soutenu pour permettre de protéger les victimes quand dénonciation est faite ?

Chacun a un rôle à jouer

En discutant avec Maitre Bea, j’ai compris que sensibiliser les communautés – hommes et femmes – aux droits relatifs de la femme est primordial. Il faut aussi ramener la femme à l’école et promouvoir le respect mutuel dans la famille et à l’école. L’homme et la femme sont complémentaires, tous deux ayant leurs forces et leurs faiblesses respectives.
En tant que jeune femme, future mère de famille, future épouse, j’appelle toutes les femmes et jeunes adolescentes de ma communauté à se joindre à moi afin de casser les stéréotypes de notre société tout en respectant l’homme de la même manière que nous leur demandons de nous respecter. Ceci est pour moi le prérequis pour une véritable égalité !
Je demande à toutes les mamans victimes d’abus psychologiques ou physiques, d’appeler le 122 et de s’exprimer afin de préserver les futures générations. Ensemble, luttons contre les violences faites à la femme.