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Sofia, 17 ans, est enfant reporter, membre du comité communale de Nsele à Kinshasa.

Après la mort de ses parents, Gloria et son petit frère sont allés vivre chez leur tante. Un jour, le mari de la tante les oblige à rejoindre son église. Gloria refuse. Elle tombe malade quelque temps après et commence à piquer des crises d’épilepsie. À cause des crises récurrentes, l’adolescente a arrêté l’école. Le mari de sa tante a finalement décidé de la chasser. 

Je m’appelle Sofia, je suis enfant reporter à Kinshasa.  J’ai rencontré Gloria, une adolescente de 15 ans, belle et intelligente au début du mois de mai dans la commune de Limete à Kinshasa. Moi, j’habite à la 10ème rue dans la même commune. Je marchais sur le petit boulevard lorsque j’ai croisé Gloria. Après un échange, elle m’a confié qu’elle vivait dans la rue depuis un moment. Elle m’a demandé de l’argent : « Depuis le matin, je n’ai pas mangé ni même bu de l’eau », m’a-t-elle dit. Touchée par cette demande, je lui ai donné un billet de 500 francs.

Trouver une place d’hébergement, un casse-tête

Gloria se retrouve seule dans la rue, sans aucune assistance. Avec ses crises fréquentes d’épilepsie. Émue par ce que la jeune fille me racontait, j’aurais bien voulu l’héberger ou la prendre en charge, mais je n’avais pas les moyens. Je me suis mise à visiter des centres d’hébergement et orphelinat pour voir si on pouvait l’accueillir.

Je suis allée vers un orphelinat à Mombele, un autre quartier de Limete. Ils ont accepté de l’accueillir mais seulement pour deux jours. Ils ont dit qu’ils n’hébergent que les enfants de moins de 6 ans et pas les adolescentes.

Deux jours après, Gloria est repassée chez moi après avoir quitté l’orphelinat. Je me rappelle que ce jour-là, j’ai trié quelques vêtements dans ma garde-robe pour lui donner. Elle est repartie.

Le premier viol et d’autres vont suivre

Un matin, vers 4 heures, Gloria est venue frapper à la porte de chez nous en criant : Sofia ! Sofia ! J’ai ouvert la porte. Une fois sortie, je l’ai vu en larmes. « On m’a violé », disait-elle en pleurant. C’est la première fois que Gloria est violée, mais d’autres viols vont suivre.

Un arrêt de bus à Limete, Kinshasa (@ponabana)

Elle passait nuit dans la rue sous les arbres à la  12ème rue à Limeté. Des voyous du quartier Mombele et quelques motards qui passaient nuit sur place la violaient toutes les nuits, à tour de rôle. Certains la battait et lui arrachait ses habits pour la laisser toute nue. C’est ainsi que Gloria est devenue l’objet sexuel des voyous qui venaient assouvir leurs envies quand ils le voulaient. Sans aucune défense, la fille subissait.

Un matin, Gloria vient me chercher chez moi après une autre horrible nuit. Elle faisait de la fièvre et n’avait plus de vêtements. Elle a été battue et avait des blessures sur le corps. Je lui ai donc donné des cachets pour calmer la fièvre et les douleurs. Je n’avais pas les moyens de faire plus que ça.

Après cet épisode, nous nous sommes perdus de vue un moment. J’ai essayé de la retrouver, mais en vain. Un jour, Gloria est passée chez moi pour m’annoncer qu’elle était enceinte. Régulièrement violée, il était quasi impossible de connaître qui est le père de l’enfant. Peut-être bien un de ces violeurs. Ensuite, plus aucune nouvelle de Gloria.

Il faut protéger les adolescentes dans la rue

J’ai appris qu’elle fréquentait le marché de la Liberté, un autre marché dans la ville de Kinshasa. Je n’imagine même pas ce qu’elle peut endurer dans ce marché.

Si j’ai tenu à raconter l’histoire de Gloria, c’est pour interpeller la communauté toute entière. Sensibiliser les autorités politiques et administratives en particulier sur la condition de ces filles chassées de leur domicile. Une fois dans la rue, ces filles sont à la merci des violeurs et subissent des violences de toutes sortes.

Elles sont privées de leurs droits et sont victimes d’un nombre incalculable d’abus. Du fait de leur fragilité, plusieurs ne dénoncent pas ces abus d’autant plus qu’elles ne savent pas où aller pour être prises en charge ou être écoutées.

La ministre du genre, famille et enfant, en collaboration avec son collègue des affaires sociales et action humanitaire devrait mettre en place des mécanismes pour prendre en charge ces adolescentes qui sont les plus exposées, une fois dans la rue. Je souhaite qu’aucune adolescente ne vive ce qu’a connu Gloria.