Les règles ne doivent pas empêcher les filles de vivre

Que connaissant les jeunes des menstruations ? Que se passe-t-il lorsque les règles surviennent ? Comment les filles se comportent-elles ? Comment les personnes autour d’elles les regardent pendant cette période ? Afin d’avoir les réponses à ces questions, mes amis Enfants Reporters et moi-même sommes allés à la rencontre de filles et de garçons âgés dans plusieurs écoles de la ville de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo.

Les règles, c’est quoi ?

Le sujet de la menstruation reste un sujet tabou : très peu de parents, de familles ou d’écoles en parlent avec les enfants qui s’informent auprès de leurs amis les plus proches. Pour la plupart des filles, les règles sont un écoulement de sang qui survient chaque mois mais elles ne savent souvent pas pourquoi. La majorité des garçons que nous avons rencontrés ne connaissent presque rien du sujet.

En s’informant auprès d’amis ou dans la rue, les d’enfants sont à la merci des mauvaises informations et histoires mensongères qui conduisent à la stigmatisation des filles. Choisie, 14 ans, nous a raconté que lorsque surviennent ses règles, sa famille lui interdit de toucher les ustensiles de cuisine. La jeune fille doit rester éloignée des lieux où se prépare la nourriture et elle doit même éviter d’être au contact d’autres personnes « Pendant la période des règles, tu es sale et l’écoulement de sang peut apporter malchance aux personnes qui te touchent », lui a expliqué sa famille.

Dans de rares cas, les parents préparent leurs filles à la survenance des règles. Certains garçons sont même informés sur le comportement qu’ils doivent adopter pour mettre à l’aise leurs sœurs durant cette période. Les menstruations sont un phénomène naturel qui survient dans le corps de toute fille et il faut donc parler.

Et quand les règles surviennent à l’école ?

Lorsque survient la période des règles, beaucoup des filles arrêtent d’aller à l’école. Les conditions hygiéniques des installations sanitaires ne leur permettent pas de se changer et certains garçons, peu informés, n’hésitent pas à lancer « beurk, elle est sale » lorsqu’une fille a ses règles. Afin de s’épargner ce genre de malaises et moqueries, beaucoup de filles refusent d’aller à l’école durant leurs règles. Cette réalité a des conséquences négatives sur la scolarité des jeunes filles. Quand on sait que les règles durent en moyenne 5 jours par mois, tous les mois, on peut imaginer les conséquences sur le rendement scolaire de la fille.

« Je ne vais jamais arrêter d’aller à l’école parce que j’ai mes règles », a affirmé une des jeunes filles que j’ai interrogées. Elle étudie dans une des rares écoles qui a pris des dispositions pour que les filles ne soient pas surprises par la survenance des règles : des bandes hygiéniques sont mises à disposition et les installations sanitaires permettent aux filles de se changer. Malheureusement, il y a très peu d’écoles comme cela… Dans la majorité des cas, les filles sont livrées à elles-mêmes, recourent à des protections non sécurisées comme des étoffes ou des vieux habits, les serviettes hygiéniques coûtant trop chères. Au risque d’attraper des infections, les filles utilisent ces étoffes pour ne pas se salir et faire l’objet de railleries.

Il est temps d’agir !

Les menstruations constituent encore un sujet tabou dans la société et conduisent à la stigmatisation des jeunes filles. Ce phénomène biologique et naturel empêche les filles de s’épanouir et de mener leur vie. D’après la Convention relative aux droits de l’Enfant, tous les enfants ont le droit de bénéficier d’informations sur la santé (article 24) et de poursuivre une scolarité régulière (article 28). La vie privée et l’honneur de chaque enfant doivent être respectés (article 16) mais la manière dont l’hygiène menstruelle est traitée entraîne de multiples violations des droits de l’enfant.

A l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle, j’interpelle tous les congolais à agir MAINTENANT et EFFICACEMENT :

  • Les parents doivent briser les tabous en famille et initier des conversations et des discussions autour des menstruations avec leurs enfants, filles comme garçons. Tous les enfants doivent être bien préparés pour éviter d’avoir des informations inexactes et mensongères sur la question.
  • Les responsables des écoles doivent prendre toutes les dispositions nécessaires pour que les filles puissent continuer normalement leur scolarisation pendant la période des menstruations. Des installations sanitaires, avec toilettes séparées filles et garçons contenant une douche, doivent être construites pour permettre aux filles de se changer en toute sécurité tout en préserver leur intimité.
  • La communauté doit adopter des bonnes attitudes pour éviter la stigmatisation des filles pendant la période des règles. Des campagnes de communication doivent être mises en place pour sensibiliser et informer largement et convenablement sur le sujet de la menstruation.

Les menstruations ne sont pas qu’une affaire de femme mais une réalité dans la société. Il est temps d’agir !

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Magellan

Âgé de 16 ans, Magellan est Enfant Reporter de la Ville-Province de Kinshasa. Il se bat au quotidien pour un monde plus juste et sans discriminations.

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