Ketsia, 16 ans, est Enfant Reporter de la ville de Kinshasa. Elle souhaite faire des études d’ingénierie en nouvelle technologie et continuer à défendre les droits des enfants.

30 ans après l’instauration de la journée de l’enfant africain le 16 juin 1991, nous, enfants, sommes en droit de nous demander quelles sont les avancées enregistrées dans la jouissance de nos droits en RDC. Mon amie Faveur et moi, toutes engagées dans la promotion des droits de l’enfant depuis plusieurs années, avons réfléchi ensembles sur la question.

Des progrès dans la participation des enfants

En matière de participation, on a constaté des progrès significatifs. La voix des enfants commence peu à peu à être entendue et prise en compte dans les interventions en leur faveur. On ne les considère plus simplement comme des bénéficiaires passifs mais également comme des acteurs du changement. C’est en grande partie grâce à l’engagement des centaines d’enfants comme Faveur et moi ces trente dernières années.

L’élaboration d’une stratégie de la participation a contribué également dans ce progrès. Cela a permis de mieux orienter les efforts du gouvernement et de ses partenaires en matière de participation. Cette stratégie prévoit notamment la participation des enfants en tant qu’enfant reporter. C’est à ce titre que mon amie et moi faisons la promotion des droits de l’enfant.

En plus des enfants reporters, il y a également les enfants membres des comités qui représentent les enfants à tous les niveaux. En mars 2018, la ministre du genre, famille et enfant et le ministre de l’éducation ont signé conjointement un arrêté interministériel portant création et fonctionnement des comités et du parlement des enfants. Cette signature a récompensé des années de plaidoyer. Cela a été un grand pas dans la participation des enfants au niveau institutionnel.

Connaître les droits de l’enfant, une évidence 

Toutefois, une grande partie des enfants ne connaissent pas leurs droits. Dans certaines communes, les enfants ne savent même pas qu’ils ont des droits. Ils ne savent pas que l’éducation, manger ou avoir une famille est un droit. Pour Faveur et moi, les droits de l’enfant devraient être une évidence pour chaque enfant. Chaque enfant de la RDC devrait connaître les droits que lui reconnaissent les États qui ont ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant en particulier l’État congolais. C’est seulement en ce moment-là que l’on pourra parler d’une réelle participation des enfants en connaissance des causes. Ne peut défendre ses droits que celui qui en a connaissance.

La fragilité de la gratuité de l’enseignement

Sur la question de l’éducation, la gratuité de l’enseignement de base décrétée sur l’ensemble du territoire national par le chef de l’Etat a été une action majeure. Je ne cesserai d’en faire l’éloge. Elle a permis à des milliers d’enfants de retrouver le chemin de l’école et ce sans aucun frais. Mais cette mesure est tout de même encore fragile. Plusieurs écoles ont repris de faire payer certains frais scolaires aux parents. Les enseignants sont allés plusieurs fois en grève et les classes sont surpeuplées depuis l’entrée en vigueur de la gratuité de l’enseignement. Cela impacte négativement sur la qualité de l’éducation. Il faut donc consolider cette mesure de la gratuité en améliorant notamment la qualité de l’enseignement. Il ne suffit pas que les enfants aient accès à l’école. Il faut également qu’ils apprennent dans les meilleures conditions et acquièrent des connaissances et des compétences de qualité.

Enfants victimes des conflits armés et de l’insécurité 

Les conflits demeurent un problème dans mon pays. Ces 20 dernières années, les conflits armés ou non, ont maintenu les enfants dans la peur, la désolation et la famine. Certains enfants se font agresser, violer ou tuer par les groupes armés, particulièrement dans la partie Est du pays. Ceux qui y échappent se retrouvent dans des camps de réfugiés parfois sans famille, sans eau ni nourriture.

Ces années ont également vu monter en puissance le phénomène kuluna : ces jeunes délinquants se livrent des combats sanglants et sèment la terreur dans plusieurs quartiers de la ville de Kinshasa. Dans ma commune, après l’école, un groupe de kuluna appelé les “orangés”, poursuit les élèves et leur arrache leurs sacs ou de l’argent. Aux points que sortir de l’école est un défi.

En somme, je pense qu’il y a eu, en RDC, certains progrès sont observés dans la jouissance des droits de l’enfant. Les progrès sont lents en fait. Il faudrait accélérer la cadence et agir vite pour créer un Congo digne des enfants.