Tychique Katabe a 15 ans. Il est enfant reporter à Kipushi, dans la province du Haut-Katanga.

Une fille a été maltraitée par ses parents à Kipushi, dans la province du Haut-Katanga. Je suis Tychique Katabe, enfant reporter de Kipushi. Dans mon école, j’ai remarqué une fille dont les plaies peinent à se cicatriser. Elle s’appelle Justine et n’a que 11 ans. 

 

Justine est en 8ème année de l’Education de base à l’institut Mulumba Lukoji. Je l’ai suivi pour savoir ce qui lui est arrivé. Elle a peur et ne veut pas en parler. Elle craint la colère de son père. En fait, l’enfant est encore traumatisée. C’est ainsi que plusieurs enfants vivent dans la peur dans leurs propres maisons. Après une longue discussion, Justine a décidé de s’ouvrir enfin à moi.

 

Quelle faute a-t-elle commise qui lui a valu un chauffe-eau comme punition ?  

 

Justine ne sait même pas pourquoi elle a été punie par ses parents.  « Nous vivons dans notre maison avec mon père, ma mère, mes quatre petits frères et une petite sœur. C’est moi l’aînée. Un jour papa ne retrouvait pas ses 3000 FC (soit 1,5$) dans la maison. Papa a tout rejeté sur moi », m’a confié Justine. 

« Papa a tiré le chauffe-eau et a déchargé toute sa colère sur moi. Il m’a sérieusement frappée. J’ai des blessures et des douleurs presque partout sur mon corps. Il s’est servi du chauffe-eau pour me frapper », a expliqué Justine. 

Les traces des plaies sont encore visibles sur son corps, certaines cicatrisent déjà. Quelle cruauté ! Quelle horreur ! Justine n’est pas la seule fille maltraitée par son père à Kipushi. D’autres enfants sont aussi maltraités, mais n’osent pas en parler par peur des représailles. 

 

Traces de violence

Enfants victimes de maltraitance à Kipushi (@ponabana)

 

Menacé de mort par son père, un autre enfant souhaite fuir

 

Un autre enfant victime de maltraitance s’appelle Nathan. Il a lui aussi 11 ans et vit avec son père divorcé. « Je compte quitter la maison de mon père. Chaque fois que papa est ivre, il menace de me tuer. Il dit souvent qu’il va me poignarder, me tuer et fuir Kipushi. J’ai peur. Comme il le répète à chaque fois, il risque de me tuer réellement un jour » raconte Nathan. Il vit dans une famille de 10 enfants. Mais il dit qu’il est le seul détesté par son père. En plus, son père ne s’occupe plus de lui. 

Ils sont nombreux, les enfants maltraités dans la communauté. Ils vivent tout cela en silence. Je ne sais pas, est-ce par complaisance ou par sous-information ? Mais ça me fait très mal.

 

Que dit la loi sur la protection de l’enfant contre les mauvais traitements ?

 

L’article 19 de la Convention internationale des droits de l’enfant, alinéa 1 stipule que : « les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l’enfant contre toute forme de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié ».

 

Et l’article 57 de la Loi portant protection de l’enfant en RDC ajoute que « l’enfant a droit à la protection contre toute forme d’exploitation et de violence. Les parents ont le devoir de veiller à ce que la discipline soit administrée de telle sorte que l’enfant soit traité avec humanité ». 

Alors, pourquoi certains parents ne veulent pas se conformer à la loi ? Ne savent-ils pas qu’ils doivent protéger leurs enfants. Je me pose des questions. Sont-ils plus forts que la loi ? Or il est dit que « nul n’est au-dessus de la loi. Et nul n’est censé ignorer la loi ».

Moi, je lance un appel à toutes les autorités pour faire respecter la loi. Je demande aussi aux membres de la communauté de dénoncer les cas de mauvais traitements dont les enfants sont victimes dans leur entourage. C’est ainsi qu’on peut réduire le nombre de cas de maltraitance dont les enfants sont victimes. 

Encadreur : Christian Katondo